Les corrections sont la zone grise de la relation freelance-client. Le client pense que « quelques petits changements » ne prennent que 5 minutes. Tu sais que « quelques petits changements » c'est souvent 2 heures de travail, 3 exports et un preflight. La clé pour éviter les conflits : tout poser dans le devis avant de commencer.
Correction vs changement de direction
Cette distinction est fondamentale. Définis-la dans ton devis et explique-la au client avant le premier retour.
Correction : ajustement dans le cadre du brief validé. Modifier une couleur, ajuster un espacement, changer un mot, affiner une forme. Le travail reste dans la direction validée. C'est inclus dans les séries de corrections prévues au devis.
Changement de direction : modification qui remet en cause la piste validée. « Finalement je préfère un style complètement différent », « On oublie le bleu, on part sur du rouge », « J'ai montré à mon cousin et il pense qu'il faudrait tout reprendre ». C'est une reprise — pas une correction. Ça se facture en supplément.
« Le devis inclut 2 séries de corrections par livrable. Une correction est un ajustement dans le cadre de la direction créative validée. Tout changement de direction (remise en cause de la piste validée, modifications substantielles du brief initial) constitue une prestation complémentaire facturée au tarif horaire de [X] € HT. »
Combien facturer les corrections supplémentaires
Au taux horaire. C'est la méthode la plus simple et la plus juste. Ton taux horaire de correction est ton TJM divisé par 7 ou 8 heures. Si ton TJM est de 400 €, ton taux horaire est de 50 à 57 €. Arrondis à un chiffre propre (55 ou 60 €/h).
Au forfait par série. Si tu préfères éviter le tracking horaire, propose un forfait par série de corrections supplémentaire. Estime le temps moyen d'une série (2 à 3 heures) et chiffre en conséquence. 150 à 250 € par série supplémentaire est une fourchette courante.
Comment annoncer le dépassement
En amont : prévenir
Quand tu entames la dernière série incluse, informe le client. « Je vais intégrer ta dernière série de corrections incluse dans le devis. Si tu souhaites d'autres ajustements ensuite, ils seront facturés à [tarif]. » Pas de surprise.
Au moment du dépassement : chiffrer
« Les 2 séries de corrections prévues au devis sont terminées. Les modifications que tu souhaites représentent environ 2h30 de travail supplémentaire, soit 150 € HT. Je peux te préparer un avenant ou les intégrer à la facture finale. Dis-moi comment tu préfères procéder. »
Donne toujours une estimation avant de commencer le travail supplémentaire. Ne fais jamais le travail d'abord pour facturer ensuite — le client peut contester un supplément qu'il n'a pas accepté.
Les cas limites
La retouche de 5 minutes. Changer un numéro de téléphone, corriger une coquille que tu as laissée, exporter dans un format oublié. C'est du service — offre-le sans compter. Signale-le comme un geste : « C'est corrigé, c'est cadeau. »
Le client qui fait des retours au compte-gouttes. Lundi un e-mail, mardi un SMS, mercredi un appel. Chaque micro-retour déclenche un cycle d'ouverture de fichier, modification, export, envoi. Demande des retours consolidés : un seul envoi par série, regroupé, par écrit.
La correction qui révèle un problème de brief. Si les corrections tournent en rond, c'est souvent que le brief n'était pas assez précis. Dans ce cas, propose de refaire un point de cadrage avant de continuer — c'est plus productif que de corrections en corrections.
Facturer les corrections n'est pas de l'avarice — c'est du professionnalisme. Ton temps a une valeur. Un client qui l'oublie n'est pas un mauvais client : c'est un client qui n'a pas été cadré.