Le feedback est le carburant de la progression en design. Mais un feedback mal formulé fait plus de dégâts qu'une absence de feedback. « J'aime pas » n'est pas un retour. « Le contraste entre le titre et le fond est insuffisant pour la lecture mobile » en est un. La différence, c'est la méthode.
Donner un feedback utile
Commence par ce qui fonctionne
Pas par politesse — par utilité. Nommer ce qui marche permet à la personne de savoir quoi garder. Un feedback qui ne contient que des critiques laisse penser que tout est à refaire, même quand 80 % du travail est solide.
Sois spécifique
Identifie l'élément précis qui pose problème, explique pourquoi il pose problème, et si possible suggère une direction. La structure « élément + problème + piste » fonctionne à chaque fois.
Vague : « La typo me plaît pas. »
Spécifique : « Le corps de texte en Playfair Display est difficile à lire en petite taille sur mobile. Une sans-sérif avec une hauteur d'x plus grande fonctionnerait mieux pour ce contexte. »
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Vague : « C'est pas assez punchy. »
Spécifique : « Le titre se perd dans la composition — il a le même poids visuel que le sous-titre. Augmenter la taille ou passer en bold créerait une hiérarchie plus nette. »
Sépare le subjectif de l'objectif
« Je n'aime pas le vert » est une préférence. « Le vert choisi est trop proche du concurrent principal et peut créer une confusion de marque » est un argument. Les deux sont recevables, mais le second est actionnable.
Quand ton retour est subjectif, dis-le : « C'est une réaction personnelle, mais… ». Ça permet à l'autre de décider quoi en faire.
Un bon feedback ne dit pas quoi faire. Il identifie un problème et fait confiance à la designer pour trouver la solution.
Recevoir un feedback sans se braquer
Dissocie-toi de ton travail
Un retour sur ta maquette n'est pas un retour sur toi. Cette phrase est facile à écrire et difficile à appliquer — surtout quand tu as passé deux jours sur un projet. Mais la capacité à prendre du recul est ce qui sépare une professionnelle d'une débutante.
Technique concrète : quand tu reçois un feedback, attends 10 minutes avant de répondre. Lis, note, respire. La première réaction émotionnelle n'est presque jamais la bonne réponse professionnelle.
Demande des précisions
Si un feedback est flou, ne l'interprète pas — clarifie-le. « Quand tu dis que c'est trop chargé, est-ce que tu parles de la quantité de texte, du nombre d'éléments visuels ou de la densité de la composition ? » Une question précise évite un aller-retour inutile.
Trie et priorise
Tous les feedbacks ne se valent pas. Classe-les en trois catégories : les problèmes objectifs (contraste, lisibilité, cohérence), les retours argumentés (direction créative, positionnement), les préférences personnelles. Traite-les dans cet ordre.
Grille de tri des feedbacks
| Type | Exemple | Action |
|---|---|---|
| Problème objectif | « Le texte est illisible sur fond coloré » | Corriger systématiquement |
| Retour argumenté | « Le ton visuel est trop corporate pour la cible jeune » | Évaluer et discuter |
| Préférence personnelle | « J'aurais mis du bleu » | Accuser réception, décider selon le contexte |
En contexte freelance
Quand tu travailles seule, le feedback vient principalement du client — qui n'est pas designer. Aide-le à formuler des retours utiles en posant des questions dirigées plutôt qu'un « qu'est-ce que tu en penses ? » ouvert.
Si tu ressens le besoin de feedback entre pairs, rejoins un groupe de critique entre designers. Certaines communautés en ligne ou locales organisent des sessions de critique structurées. Le format compte : un temps de présentation, un temps de questions, un temps de retours. Sans structure, ça dérive en conversation de surface.