La question revient à chaque nouveau projet : combien facturer ? Trop bas, tu travailles à perte. Trop haut sans justification, tu perds le client. Le vrai problème, c'est rarement le montant — c'est l'absence de méthode derrière.
Ce guide te donne un cadre clair pour calculer tes tarifs à partir de tes charges réelles, et les ajuster en fonction de ton expérience, de ton marché et de la valeur que tu apportes.
Étape 1 — Calcule ton seuil de rentabilité
Avant de fixer un prix, tu dois savoir combien il te faut pour vivre et travailler. Additionne tes charges fixes mensuelles : loyer, abonnements logiciels, assurance, cotisations sociales, mutuelle, matériel amorti, épargne minimale.
Multiplie ce total par 12, puis divise par le nombre de jours réellement facturables dans l'année. Attention : ce chiffre n'est pas 365, ni 252. En freelance, compte entre 110 et 140 jours facturés si tu es bien installée, moins si tu débutes.
Charges mensuelles totales : 2 800 € · Soit 33 600 €/an
Jours facturés estimés : 120/an
Tarif journalier minimum : 33 600 ÷ 120 = 280 €/jour
Ce montant est ton plancher. En dessous, tu ne couvres pas tes frais.
Étape 2 — Ajoute ta marge de valeur
Ton seuil de rentabilité n'est pas ton tarif. C'est le minimum vital. Ton tarif réel doit intégrer ta marge, c'est-à-dire ce qui te permet de constituer une épargne, d'investir dans ta formation, de couvrir les mois creux et de vivre correctement.
En pratique, applique un coefficient multiplicateur à ton seuil. Un coefficient de 1.3 à 1.6 est courant pour une graphiste avec 2 à 5 ans d'expérience. Au-delà de 5 ans, ou si tu as une expertise pointue, ce coefficient peut monter à 2 ou plus.
Ton tarif n'est pas ce que tu « mérites ». C'est ce qui rend ton activité viable et durable. Si tu ne peux pas absorber un mois sans projet, ton tarif est trop bas.
Étape 3 — Positionne-toi sur ton marché
Les tarifs varient selon le type de client, la région et le secteur. Une identité visuelle pour une startup tech à Paris ne se facture pas comme un logo pour un artisan en zone rurale. Ni l'un ni l'autre n'est « mieux » — ce sont des marchés différents.
Pour te situer, observe les grilles indicatives publiées par les organisations professionnelles comme l'Alliance France Design ou le Syndicat National des Graphistes. Ces grilles ne sont pas des lois, mais elles posent des repères.
Fourchettes indicatives (TJM hors taxes)
| Profil | TJM indicatif |
|---|---|
| Junior (0–2 ans) | 250 – 350 € |
| Confirmée (3–5 ans) | 350 – 500 € |
| Senior (6+ ans) | 500 – 800 € |
| Experte / DA | 700 – 1 200 €+ |
Étape 4 — Adapte au type de projet
Un TJM est un repère, pas une réponse universelle. Pour certains projets, le forfait est plus adapté. Pour d'autres, facturer au temps passé est plus juste. Quelques principes pour décider.
Facture au forfait quand le périmètre est clair et limité : un logo, une carte de visite, un flyer. Facture au temps passé quand le projet est évolutif ou que le client a du mal à cadrer son besoin.
Quand utiliser le forfait vs le taux horaire
Forfait : tu maîtrises la durée, le livrable est défini, tu peux optimiser ton temps. Le risque est pour toi si tu sous-estimes.
Taux horaire/journalier : le client paie le temps réel, utile pour les missions longues ou les projets avec beaucoup d'allers-retours. Le risque est pour le client.
Dans les deux cas, définis un nombre maximal de corrections dans ton devis.
Les erreurs fréquentes
Aligner ses tarifs sur ceux de Fiverr ou de plateformes low-cost. Ces tarifs ne reflètent pas le marché français du design professionnel — ils reflètent une course vers le bas.
Baisser ses prix pour « décrocher le projet ». Si un client négocie ton tarif au rabais, c'est rarement un client qui valorisera ton travail. Mieux vaut refuser poliment et consacrer ce temps à de la prospection qualifiée.
Ne pas réviser ses tarifs chaque année. Tes charges augmentent, ton expérience aussi. Un tarif qui ne bouge pas en 3 ans est un tarif qui baisse.