La plupart des graphistes freelances ont un process de travail — mais il est dans leur tête. Rien d'écrit, rien de structuré. Le résultat : chaque nouveau projet repart de zéro, les mêmes erreurs reviennent, et quand un client demande « comment tu travailles ? », la réponse est improvisée. Documenter ton process prend quelques heures. Le gain se compte en semaines sur l'année.
Pourquoi documenter
Pour toi-même
Un process documenté, c'est une checklist implicite. Tu sais exactement quelles étapes suivre, dans quel ordre, avec quels outils. Tu ne te demandes plus « par où je commence » quand un nouveau projet arrive. Tu ouvres ton document, tu déroules.
C'est aussi un outil de progression. En relisant ton process six mois plus tard, tu identifies ce que tu as amélioré, ce qui ne fonctionne plus et ce qu'il faut ajuster.
Pour tes clients
Un client qui voit ton process documenté comprend où va son argent. Les phases sont visibles, les livrables sont listés, les points de validation sont clairs. Ça installe la confiance dès le premier échange.
En pratique, tu peux intégrer une version simplifiée de ton process dans ta proposition commerciale ou sur ton site portfolio. Le client ne paie pas juste un résultat — il paie une méthode.
Pour ton portfolio
Les études de cas les plus convaincantes ne montrent pas seulement le résultat final. Elles montrent le chemin : le brief initial, les recherches, les pistes écartées, les itérations, les décisions. Documenter ton process en cours de projet te donne la matière première de tes futures études de cas.
Documenter ne veut pas dire bureaucratiser. Un bon document de process tient sur 1 à 2 pages. C'est un outil de travail, pas un rapport.
Quoi documenter
Tu n'as pas besoin de tout écrire. Concentre-toi sur trois éléments.
Tes étapes standard. La séquence type que tu suis sur la majorité de tes projets. Brief → recherche → moodboard → création → présentation → corrections → livraison. Avec pour chaque étape : ce que tu fais, ce que tu attends du client, quel est le livrable.
Tes templates et fichiers types. Le modèle de devis que tu réutilises, la structure de ton dossier de livraison, la checklist d'export, le gabarit de charte graphique. Regroupe-les dans un dossier accessible. Chaque minute passée à chercher un template est une minute perdue.
Tes décisions récurrentes. Quelles polices tu utilises souvent et pourquoi. Quelle grille de mise en page tu privilégies pour tel type de support. Tes réglages d'export par défaut. Ces micro-décisions que tu prends à chaque projet méritent d'être notées une bonne fois.
Comment documenter
Format léger : un document Notion ou Markdown
Un document unique avec tes étapes, tes outils et tes templates liés. C'est le format le plus rapide à mettre en place et à maintenir. Tu peux le structurer par type de projet si ta pratique est variée (identité visuelle, édition, web).
Format visuel : un diagramme de process
Un schéma simple — même fait sur Figma ou sur papier — qui montre le flux de ton projet type avec les jalons de validation. Utile à partager avec les clients et à afficher dans ton espace de travail.
Format avancé : le carnet de bord projet
Pour chaque projet, un court journal de bord : décisions prises, raisons, obstacles rencontrés, temps passé. Cinq minutes en fin de journée suffisent. Au bout de six mois, tu as une mine d'or pour tes estimations futures et tes études de cas.
Projet : Identité visuelle Boulangerie Moreau
Date : 14 mars
Phase : Création — pistes logo
Temps passé : 4h
Décisions : Écarté la piste typographique script, trop proche du concurrent direct. Retenu la piste sérif géométrique + pictogramme épi stylisé.
Problème : Le client n'a pas envoyé les photos produit demandées, ça bloque le moodboard.
Prochaine action : Relancer photos + développer piste retenue.
Quand mettre à jour
Pas à chaque projet. Une révision tous les 3 à 6 mois suffit. Prends 30 minutes pour relire ton process, ajuster ce qui a changé, ajouter les templates que tu as créés entre-temps et supprimer ce qui n'est plus pertinent.
Le bon moment pour cette révision : après un projet qui s'est particulièrement bien passé (pour comprendre pourquoi) ou après un projet difficile (pour ne pas reproduire les mêmes erreurs).