Une grille n'est pas une contrainte — c'est une fondation. Elle donne de la cohérence à un document de 4 pages comme à un livre de 200 pages. Sans grille, chaque page est composée au feeling, et le résultat manque d'unité. Avec une grille, tu gagnes en vitesse d'exécution, en cohérence et en lisibilité.
Anatomie d'une grille
Les colonnes
Les divisions verticales de ta zone de contenu. Le nombre de colonnes détermine la flexibilité de ta mise en page. Une grille à 2 colonnes est simple et stable. Une grille à 6 ou 12 colonnes offre plus de combinaisons (texte sur 4 colonnes + image sur 2, par exemple).
Les gouttières
L'espace entre les colonnes. En print, 4 à 5 mm est courant. En web, 16 à 24px. Trop étroit et les colonnes se confondent. Trop large et la page perd sa densité.
Les marges
L'espace entre le contenu et le bord de la page. En print, les marges servent aussi à la prise en main du document — une marge intérieure trop fine sur une brochure reliée rend la lecture inconfortable. Marge intérieure (petit fond) toujours plus large que la marge extérieure (grand fond) pour compenser le pli.
La ligne de base
La grille horizontale sur laquelle repose chaque ligne de texte. Quand deux colonnes de texte partagent la même ligne de base, les lignes sont alignées horizontalement — ça donne un rendu propre et professionnel, surtout quand le texte est visible en transparence (papier fin).
Format : 210 × 297 mm
Marges : haut 15 mm · bas 20 mm · intérieur 20 mm · extérieur 15 mm
Colonnes : 2 ou 3
Gouttières : 5 mm
Ligne de base : 14 pt (si corps en 10 pt avec interligne 14 pt)
Choisir le bon nombre de colonnes
1 colonne. Texte plein page. Pour le roman, le mémoire ou le rapport simple. La largeur de ligne ne doit pas dépasser 65-75 caractères pour rester lisible.
2 colonnes. Le standard de la brochure et du magazine. Offre un bon équilibre entre densité et lisibilité. Les images peuvent occuper 1 ou 2 colonnes.
3 colonnes. Plus flexible. Permet des mises en page variées : texte sur 2 colonnes + marge annotée, image pleine largeur, encadrés latéraux.
6 ou 12 colonnes. Grille modulaire pour les projets éditoriaux complexes (journaux, magazines, rapports annuels). Chaque élément s'accroche à un multiple de la colonne de base.
Grille pour le web
En web, la grille à 12 colonnes est devenue un standard (Bootstrap, frameworks CSS). La logique est la même qu'en print : les éléments s'accrochent à un nombre de colonnes. Un contenu principal sur 8 colonnes, une sidebar sur 4 colonnes.
La différence majeure : le web est fluide. La grille s'adapte à la largeur de l'écran. Sur mobile, la grille passe souvent à 4 colonnes ou à une colonne unique. La grille n'est pas un carcan — c'est un guide qui se plie au contexte.
Utiliser la grille sans la subir
Une grille est faite pour être respectée à 90 % et transgressée à 10 %. Un élément qui sort de la grille attire l'attention — c'est un outil de hiérarchie. Une image pleine page qui ignore les marges crée un impact. Un titre qui déborde dans la marge crée une rupture intentionnelle.
La clé : la transgression doit être visible et intentionnelle. Si un élément est décalé de 2 mm par rapport à la grille, ça ressemble à une erreur. S'il est décalé de 20 mm, c'est un choix de design.
Définis ta grille avant de placer le premier élément. La modifier en cours de route, c'est refaire toute la mise en page. 5 minutes de réflexion en amont évitent 5 heures de corrections.
Comment configurer une grille dans InDesign
Fichier > Format du document : définis les marges. Mise en page > Marges et colonnes : définis le nombre de colonnes et la gouttière. Préférences > Grilles : configure la grille de ligne de base (incrément = interligne de ton corps de texte). Active l'affichage avec Affichage > Grilles et repères > Afficher la grille du document.