Choisir une typographie ne devrait jamais être un acte esthétique isolé. C'est une décision fonctionnelle qui dépend du secteur, du support, du ton du projet et des contraintes techniques. Si tu peux expliquer pourquoi tu as choisi cette police, tu as fait le bon choix.
Commence par le contexte, pas par le catalogue
Avant d'ouvrir Google Fonts ou ta bibliothèque Adobe, pose-toi trois questions. Quel est le secteur du client ? Quel est le support principal (web, print, packaging) ? Quel ton doit transmettre la communication (institutionnel, chaleureux, technique, luxe) ?
Ces trois réponses éliminent déjà 90 % des options. Un cabinet d'avocats ne communique pas avec la même typographie qu'une marque de cosmétiques naturels. Ce n'est pas une question de goût — c'est une question de cohérence.
Les grandes familles et leurs usages
Sérif (empattements)
Les polices à empattements — Garamond, Libre Baskerville, Playfair Display — évoquent la tradition, le sérieux, l'éditorial. Elles fonctionnent bien pour les corps de texte imprimés et les secteurs institutionnels, juridiques, culturels ou luxe.
Sans-sérif
Les linéales — Outfit, Work Sans, DM Sans — transmettent modernité, clarté et accessibilité. Elles dominent le web et conviennent aux secteurs tech, santé, éducation et startups.
Display et décoratives
Réserve-les aux titres et aux éléments d'accroche. Jamais en corps de texte. Elles apportent du caractère mais sacrifient la lisibilité si mal utilisées.
La typographie du corps de texte est plus importante que celle des titres. C'est elle que les gens lisent. Choisis-la d'abord.
Les critères techniques de sélection
Lisibilité à petite taille. Affiche la police en 14px sur écran et en 9pt sur papier. Si tu plisses les yeux, passe à autre chose.
Jeu de caractères. Vérifie que la police couvre les accents français (é, è, ê, ç, œ, à), les guillemets français (« »), et les signes typographiques courants. Beaucoup de polices gratuites échouent ici.
Graisses disponibles. Une police avec seulement Regular et Bold limite tes possibilités de hiérarchie. Privilégie les familles avec au moins 4 graisses (Light, Regular, Medium/SemiBold, Bold).
Licence. Vérifie toujours les conditions d'utilisation. Une police gratuite sur Google Fonts est libre de droits pour le web. Une police trouvée sur un blog peut ne pas l'être pour un usage commercial.
Présenter son choix au client
Ne montre jamais une typographie isolée sur fond blanc. Mets-la en contexte : dans un titre avec un sous-titre, dans un paragraphe de texte réel, dans une maquette même sommaire. Le client ne sait pas lire une police dans l'abstrait — montre-lui ce qu'elle fait dans son projet.
Propose deux ou trois options maximum, avec un court argumentaire pour chacune. Pas un catalogue de quinze polices — c'est ton rôle de pré-sélectionner.
Option A — DM Serif Display + Work Sans : association classique-moderne, lisibilité forte, ton éditorial accessible. Adaptée à votre communication institutionnelle.
Option B — Outfit (toutes graisses) : famille unique, cohérence maximale, ton contemporain et neutre. Flexible pour web et print.
Les erreurs à éviter
Utiliser plus de deux familles typographiques dans un même projet. Si tu en as besoin de trois, c'est que ta hiérarchie n'est pas claire.
Choisir une police parce qu'elle est à la mode. Les tendances typographiques durent 2 ans. Les identités visuelles doivent durer 5 à 10 ans minimum.
Ignorer le rendu sur mobile. Teste systématiquement sur un écran de téléphone — c'est là que la majorité du contenu web est lu.